Guadalupe

Notre Dame de Guadalupe du Tepeyac


La Vierge de Guadalupe

La Guadalupe s’inscrit dans une tradition dite “aparicionista” pour laquelle les apparitions de la Vierge dateraient de 1531 et précèderaient le culte ; et qui s’oppose à un approche radicalement opposée pour laquelle le culte précéda le texte des apparitions.

Le récit

L’histoire, au sens « story », raconte les apparitions de Marie à un Indien sur la colline du Tepeyac, au nord de Mexico, et l’impression miraculeuse de son image sur le vêtement de ce dernier. Aussi, la peinture que l’on connaît aujourd’hui serait donc le fruit d’une origine surnaturelle. La Vierge y est représentée sous une apparence protectrice et thaumaturge.

En descendant du ciel et en apparaissant sur la colline du Tepeyac, la Vierge manifestait sa préférence et son attachement à la terre mexicaine et à son peuple.

Il existe deux principaux récits des apparitions.

La première version, du créole Miguel Sanchez, fut publiée en castillan en 1648 et la deuxième, de Luis Lasso de la Vega, fut publiée en nahuatl[1] l’année suivante (1649).  La seconde fut plus largement diffusée à travers différentes traductions. On la connaît communément comme le Nican Mopohua.

L’histoire situe les faits en décembre 1531. Juan Diego, un Indien nahua (qui parle le nahuatl) de Cuautitlan, ville au nord nord-ouest de Mexico, se rendait fréquemment à Mexico et à Tlatelolco. Il passait donc par la colline du Tepeyac (nommée Tepeyacac ce qui signifie en nahuatl « le nez de la montagne »), point d’entrée et de sortie de la vallée de Mexico.

Début décembre 1531, sur la colline du Tepeyac, Juan Diego assista à l’apparition d’une femme resplendissante qui se présenta comme Marie, Mère de Dieu.

Elle le chargea d’une mission auprès de l’évêque de Mexico, Juan de Zumárraga, alors la plus haute autorité de l’Église au Mexique. Marie offrait sa protection et demandait en échange l’édification d’un temple pour sa dévotion, au Tepeyac. Juan Diego se rendit auprès des plus hautes autorités de l’Eglise qui se trouvaient dans l’église primitive qui bordait la Plaza Mayor (actuel Zocalo) de Mexico.

Sceptique, Juan de Zumárraga demanda une preuve.

La Vierge suggéra alors à Juan Diego de cueillir des roses sur la colline du Tepeyac et de les offrir à l’évêque. Juan Diego enveloppa les fleurs emplies de magie dans un tissu – l’ayate -. Entre temps, Marie apparut à l’oncle moribond de Juan Diego et opéra sa première guérison miraculeuse.

Juan Diego alla de nouveau à la rencontre de Juan de Zumarraga. Lorsqu’il déplia l’ayate pour offrir les roses, l’image de la Vierge apparut en impression sur le tissu, devant l’évêque et les prélats ébahis.

L’image d’origine surnaturelle fut transportée en grande pompe de l’église primitive au petit ermitage du Tepeyac, où elle réside depuis.

La fondation de l’ermitage

Que disent les sources ?

De 1531 à 1550 – période sur laquelle repose la tradition aparicionista -, elles sont complètement muettes. Pas un mot sur les apparitions ni sur l’image par les principaux intéressés de l’histoire, dont le premier évêque de Mexico, Juan de Zumárraga.

Or, si Juan de Zumárraga avait fondé l’ermitage du Tepeyac après avoir assisté au miracle de l’impression magique de l’image de la Vierge sur l’ayate de Juan Diego, pourquoi n’y fait-il jamais référence, ni lui ni ses contemporains ?

Il est donc peu probable que Juan de Zumárraga soit le fondateur de l’ermitage de la Guadalupe. S’il n’est donc pas question dans les premières années après la Conquête des apparitions de la Vierge ni d’une fondation officielle, il est en revanche possible qu’un culte primitif de la Vierge ait existé au Tepeyac. Un culte local, plus ou moins spontané qui s’inscrivait dans une pratique populaire et festive de la religion tant pour les Espagnols que pour les Indiens. Ce culte primitif n’était pas suffisamment important pour que les premiers évangélisateurs y prêtent attention et c’est la raison pour laquelle ils n’en parlèrent pas dans leurs écrits.

S’agissait-il d’une version primitive de la Guadalupe ou d’une invocation à la Naissance de la Vierge ? Il n’est pas possible de le définir avec certitude et la genèse du culte conserve une part de mystère.

En revanche, des sources appuient la thèse de l’importance d’Alonso de Montufar, successeur et rival de Juan de Zumárraga, pour la fondation de l’ermitage, la préférence définitive pour le nom de Guadalupe et l’impulsion du culte à partir de 1550.

À suivre :

L’image de la discorde: l’écriture du Nican Mopohua au milieu du XVIIe siècle (1648, 1649), au moment où les contours du culte tel qu’on le connaît aujourd’hui, furent définis.

Notes :

[1] Nahuatl = langue indienne largement répandue dans le Bassin de Mexico et le Centre du Mexique jusqu’au XVIIIe siècle.

Bibliographie :

Il existe une bibliographie abondante et passionnante. Si on devait retenir quelques titres, Our Lady of Guadalupe de Stafford Poole, la Guerre des Images de Serge Gruzinski, Quetzalcoatl et Guadalupe de Jacques Laffaye, Destierro de Sombras d’Edmundo O’Gorman.

Première publication dans la Rêvista, novembre 2017, Mexico.

Guadalupe
Notre Dame de Guadalupe du Tepeyac 2
There are currently no comments.