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Qui contrôle le compte du temps possède le pouvoir…


Calendriers et compte du temps à Mexico

Lorsque Geronimo de Aguilar (1489-1531, l’Espagnol qui avait fait naufrage dans les Caraïbes et qui avait survécu en terre maya pendant huit ans) fut sauvé en ce début d’année 1519 par les troupes de Cortés (dont il devint l’interprète), il demanda si on était bien mercredi ! L’anecdote montre à quel point le compte du temps est crucial dans la vie d’un homme et le calendrier la pièce maitresse de la structuration du temps et du monde. Les peuples du Mexique ancien représentaient le temps à travers différents cycles imbriqués les uns dans les autres. Nous nous intéresserons en particulier aux Mexicas (se prononce « méchica »), les habitants de Mexico.

Le calendrier solaire de 365 jours 

Le principal calendrier était un cycle de 365 jours nommé en nahuatl xiuhpohualli (« chi-ou-po-ou-ali »). Il régulait le cycle agricole soumis en ces latitudes à l’alternance entre la saison des pluies et la saison sèche, et à travers celui-ci l’ensemble de la vie sociale et rituelle. Les premières pluies tombaient une quarantaine de jours après l’équinoxe de printemps (21 mars) et une quinzaine de jours avant le premier passage au zénith au-dessus de Mexico (17 mai). Le calendrier était divisé en 18 mois de 20 jours, plus 5 jours additionnels (appelés nemontemi). 18 X 20 + 5, cela fait bien 365. Chaque mois avait un nom propre et était consacré à un dieu.

Néanmoins, comme la terre tarde exactement 365 jours, 5 heures, 48 minutes et 45.83 secondes pour faire le tour du soleil, il se pose la question des ajustements du calendrier de 365 jours avec l’année astronomique réelle (que notre civilisation a résolu avec les bissextiles depuis Jules César). Or, si les anciens mexicains connaissaient vraisemblablement la durée exacte de l’année astronomique, il semble qu’à l’arrivée des Espagnols, l’année civile était en décalage de 209 jours avec l’année astronomique. C’est du moins la thèse de Michel Graulich (voir sa passionnante biographie de Moctezuma). En s’appuyant sur des sources coloniales, Rafael Tena souligne qu’au contraire, un jour supplémentaire était ajouté tous les quatre ans, en comptant 6 jours supplémentaires au lieu de 5. Enfin, il existe la thèse que l’excès de jour supplémentaire, les 11 minutes et 17 secondes de trop ajoutées lors chaque année bissextile, pouvait être réajusté en supprimant quatre jours tous les 520 ans (nous résolvons le problème en supprimant l’année bissextile tous les 100 ans).

Les apparentes contradictions entre les sources montrent que le compte du temps était l’objet d’enjeux politiques majeurs. Diverses positions ont existé dans différents lieux à différents moments, voire se sont opposées.

Le calendrier rituel de 260 jours

Il existait également un cycle de 260 jours, nommé dans la langue nahuatl « tonalpohualli » ou « tonalamatl ». Il s’agit d’un calendrier rituel et divinatoire. Ainsi, c’est le jour de naissance dans le « tonalamatl » qui déterminait le caractère et la destinée de chacun. Les propriétés, les pouvoirs et les influences des jours du « tonalamatl » étaient consignés dans des livres, dont de rares exemples nous sont parvenus, comme le Codex Borgia (précolombien) ou le Codex Bourbon (du début de l’époque coloniale).

Le tonalamatl combinait 20 signes avec 13 chiffres. Les 20 signes de la série Crocodile-Fleur se succédaient chacun leur tour (Crocodile, Vent, Maison, Lézard, Serpent, Mort, Cerf, Lapin, Eau, Chien, Singe, Herbe, Roseau, Jaguar, Aigle, Vautour, Mouvement, Silex, Pluie, Fleur) en même temps que la roue des chiffres dans un engrenage mécanique. 260 jours étaient nécessaires pour que l’ensemble des combinaisons possibles s’épuise et revenir au point de départ, à savoir au jour 1 Crocodile.

Le cycle de 260 jours était organisé en 20 treizaines (ou 20 mois de treize jours), chacune sous l’influence d’une divinité.

Le cycle de 52 ans et le Feu Nouveau

18980 jours étaient nécessaires pour que l’ensemble des combinaisons possibles entre les jours du xiuhpohualli et du tonalpohualli soit épuisé. Cela correspond à un cycle de 52 ans, qui constituait une sorte de siècle. Les anciens mexicains le connaissaient comme la « roue calendaire », xiuhmolpilli (chiou-mol-pili). Autrement dit, il fallait 52 ans pour que le cycle solaire et le cycle divinatoire recommencent le même jour. La raison arithmétique tient au plus petit commun multiple, qui s’obtient par l’opération suivante : 73 x 13 x 5 x 4, ou bien 52 X 365 = 73 X 260.

Chaque année possédait un signe porteur. Il s’agissait des jours du tonalpohualli qui correspondait avec le premier jour de l’année civile. Ces signes porteurs d’années étaient au nombre de quatre. Au XVe et au XVIe siècle : Silex, Roseau, Lapin et Maison (il existe là encore des débats sur les roulements possibles des signes porteurs d’années).

Tous les 52 ans, la fête du Feu Nouveau ou de la Ligature des années était célébrée sur un colline au sud de Mexico. De somptueux rituels visaient à rallumer l’étincelle de vie, le feu vital et donner naissance à un nouveau soleil.

Le dernier Feu Nouveau célébré à Mexico eut lieu en 1507, année 2 Roseau, au lieu de 1506, année 1 Lapin. Les malheurs qui s’étaient abattus sur Mexico les années 1 Lapin (soit en 1454, 1402) furent le prétexte d’une réforme audacieuse menée à bien par Moctezuma II (qui régna de 1502 à 1520). Les célébrations se déroulèrent la nuit du 6, 7 décembre 1507 à minuit alors que les Pléiades étaient au zénith dans le ciel de Mexico.

Article publié dans la « Rêvista » de Mexico Accueil de février 2017

Pour en savoir plus : la passionnante biographie de Motecuzoma par Michel Graulich

 

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