Mésoamérique

Guerriers


Guerrier de Cacaxtla. À la chute de Teotihuacan, on observe sur les Hauts plateaux un double phénomène : divers centres se partagent désormais le pouvoir et les Mayas étendent leur influence jusqu’à l’Altiplano.

Les guerriers dans les fresques du Mexique ancien

Téméraire est le guerrier qui forge dans la bataille une destinée binaire : capturer ou être capturé pour être offert en nourriture aux dieux. Si les motifs de la guerre répondent à des objectifs stratégiques – contrôle d’une route commerciale ou tribut principalement – les objectifs militaires à proprement parler sont ritualisés. La capture de prisonniers et des paquets sacrés contenant les objets du pouvoir temporel et spirituel d’une cité entraînait la victoire de l’une des parties et la défaite de l’autre. C’est la raison pour laquelle le récit des batailles est réduit à sa plus simple expression : la représentation du vainqueur avec son prisonnier, comme on peut l’apprécier sur de nombreuses stèles mayas.

 

Les guerriers mayas de Bonampak

 

Peintures mayas de Bonampak, IXe siècle

Sur les peintures murales mayas de Bonampak, les guerriers sont armés de lances terminant en pointes de pierre à feu ou d’obsidienne. La partie supérieure de la hampe était parfois ornée d’arêtes dentelées qui provoquaient des blessures similaires à celle d’une scie. Pour se défendre, les guerriers disposent de boucliers en bois tendus de peaux de bêtes.

Emportés par le souffle des hom-packs et le rugissement du jaguar dans les profondeurs de la jungle et de la nuit, les guerriers s’engouffrent dans la mêlée finale, le plus faible est jeté et immobilisé à terre. Le souverain de Bonampak, Chan Muwaan, porte une coiffe trophée et le plastron en peau de jaguar et tient fièrement son prisonnier par les cheveux. Les textes disent que la bataille se déroula en 790. Le prisonnier est dévêtu, des bandes de papier remplacent les précieuses parures de jade en signe d’humiliation. Il est ligoté à une planche en bois. En effet, après les batailles, les captifs étaient conduits et exhibés dans la cité victorieuse et c’est là où leur sort était finalement scellé : l’esclavage ou le sacrifice. Les prisonniers destinés au sacrifice étaient humiliés, torturés et finalement mis à mort, généralement par arrachage du cœur. Les têtes décapitées étaient exhibées sur des monuments réservés à cet effet et enterrées dans des dépôts offrandes sous les principales pyramides. Le souverain victorieux se présente en vainqueur impitoyable. La représentation du souverain guerrier est un grand classique de l’art étatique mésoaméricain.

 

Animaux emblèmes à Teotihuacan

Yax Nuun Ayiin Ier, guerrier et haut dignitaire de Teotihuacan, Stèle 31 Tikal

Le guerrier, tel qu’il est représenté dans la peinture murale à Teotihuacan, est paré de plumes presque de la tête aux pieds – coiffe, bouclier, plastron, ceinture – et d’un précieux collier de perles de pierre verte et de pétoncles.

Le guerrier de Teotihuacan apparaît aussi sur des stèles mayas de l’époque classique, comme sur la stèle 31 de Tikal érigée en 445 (Illus. 4). Là, Yax Nuun Ayiin I, vêtu en guerrier de Teotihuacan est intronisé à Tikal. Nous sommes en 379. Il fonde une nouvelle dynastie et régnera jusqu’en 404. Si Yax Nuun Ayiin I revêt la coiffe avec le serpent guerrier de Teotihuacan et porte l’atlatl, une arme d’une redoutable efficacité et un bouclier rectangulaire à l’emblème du dieu de l’orage, c’est qu’il est le fils d’un haut dignitaire de Teotihuacan, d’un grand Seigneur de l’Ouest nommé Atlatl-Cauac, « Hibou Atlatl ». Atlatl-Cauac avait envoyé, l’année précédente, un bataillon de guerriers d’élite dirigé par Siyaj K’ak’, “Celui qui nait du Feu”, aux confins de la Mésoamérique. Siyaj K’ak’ et ses troupes avaient rejoint le Veracruz, puis s’étaient enfoncés dans la jungle en navigant à contre courant sur le fleuve San Pedro Mártir. Le 6 janvier ils arrivèrent à El Perú. Six jours plus tard, Siyaj K’aak et ses troupes arrivaient à Tikal. Ils capturèrent son roi, Chak Tok ICh’ak I, qui mourut brutalement. Les stèles furent détruites et ce fut le commencement d’une nouvelle ère, d’une nouvelle histoire et d’une nouvelle dynastie. C’est dans ce contexte que Yax Nuun Ayiin I fut intronisé alors que Siyaj Kak continuait d’imposer un nouvel ordre dans la région : à Uaxactún, Bejucal (381), Rió Azul (393), Copán (426), au cœur du Petén. En 439, Hibou Atlatl décéda. Son petit fils Siyaj Chan K’awill“Ciel tourmenté”, gouvernait la plus puissante cité maya, Tikal, et faisait ériger une stèle en hommage à son lignage. S’il apparaît « mayanisé », en ajaw, c’est-à-dire en souverain maya, son père, Yax Nuun Ayiin I, en revanche revêt l’armure du guerrier du Seigneur de l’Ouest, rappelant ses origines de Teotihuacan.

Si le guerrier prend l’apparence d’animaux, principalement du jaguar, du coyote, de l’aigle et du serpent à plumes, c’est d’abord parce que ces animaux incarnaient, à Teotihuacan, la filiation et le pouvoir politique (Linda Manzanillo). Mais les animaux représentaient aussi pour le guerrier, un double et un protecteur. Le guerrier rompu à une stricte discipline et aux sciences occultes pouvait éventuellement parvenir à se transformer en jaguar ou autre animal et disposer de leurs pouvoirs extraordinaires. Ces rituels en réalité n’étaient pas nés à Teotihuacan et semblent s’enraciner dans un lointain passé. Ils sont attestés dès le premier millénaire avant notre ère, comme en témoigne la peinture rupestre d’un guerrier jaguar en train de se métamorphoser, dans la grotte de Juxtlahuacan dans l’actuel état du Guerrero (Illus. 3).

Le guerrier de Teotihuacan apparaît également lors des rituels du sacrifice, à travers les symboles du sacrifice : le sang, « l’eau précieuse », le cœur et le couteau du sacrifice. Selon un mythe aztèque, les « âmes » des guerriers tombés au combat rejoignaient le soleil dans l’empyrée sous forme de colibris, de papillons et d’oiseaux multicolores. Les guerriers aztèques affrontaient leurs ennemis sous le regard perçant de Huitzilopochtli et offraient au dieu solaire et guerrier le cœur des victimes sacrifiées. Le mythe fondateur ne montrait-il pas l’aigle, incarnation du soleil, se posant majestueusement sur un nopal dont les fruits étaient précisément appelés « cuauhnochtli », le fruit de l’aigle ?

Pierre de Tizoc_Capture de prisonniers, XVe siècle

Relecture : Gérard Fontaine, Viviane Pelisson, Françoise Jovenet

Publication  dans la Rêvista de mars 2018

Lecture recommandée pour en savoir plus sur la civilisation maya : le magnifique livre Les Mayas, Art et Civilisation, dirigé et co-écrit par Nikolai Krube

 

 

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