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Pyramides


Pyramides

La pyramide est une montagne cosmique qui symbolise le coeur du monde et du cosmos. L’enceinte qui l’entoure et la protège, délimite l’espace sacré. Les anciens relatent que c’est dans le cœur de la montagne cosmique que se trouve la matrice, le nombril du monde, là où se rejoignent les plans verticaux et horizontaux du monde. Est-ce un hasard si l’on trouve sous la pyramide du Soleil une grotte formée de quatre chambres, pareille à la fleur de quatre pétales ?

Les « pyramides » mexicaines, plus que des pyramides au sens strict (une base polygonale de n côtés culminant en un sommet appelé l’apex) sont plutôt des bases pyramidales, des socles, appelés basamentos par les archéologues.

Les maisons des dieux

Les « pyramides » mexicaines, plus que des pyramides au sens strict (une base polygonale de n côtés culminant en un sommet appelé l’apex) sont plutôt des bases pyramidales, des socles, appelés basamentos par les archéologues. En effet, le sommet n’est pas conique mais rectangulaire puisque d’un point de vue architectural, la pyramide est un socle qui sert à surélever le temple qui est au-dessus. D’ailleurs, à Mexico, les Mexicas (= les Aztèques) avaient baptisé la grande pyramide de Mexico le Huey Teocalli que les Espagnols traduisirent comme le Templo Mayor (en nahuatl « huey » = grand, « teotl » = dieux, « calli » = maison). Sur les codex mexicains, la représentation des temples occupe plus d’espace que celle des socles pyramidaux (Illus 1). Sur la peinture murale de l’Homme-jaguar de Tetitla à Teotihuacan, le basamento disparaît complètement. La représentation du temple est d’autant plus précieuse que l’ensemble des temples et des constructions qui surmontaient les pyramides dans la Cité des dieux ont presque tous disparus. Quelques temples ont néanmoins été enterrés lors de grands travaux à Teotihuacan et permettent de nous donner une idée de leur aspect, comme on peut le voir sous le Palais du Quetzalpapalotl porte 3. À Mexico, les deux temples qui surmontaient la plus grande pyramide, celui dédié à Huitzilopochtli, divinité solaire et tutélaire des Mexicas, le Mars aztèque et celui dédié à Tlaloc, dieu de l’orage et de la pluie chargé de la gestion du calendrier agricole pendant la saison de pluies, ont également été complètement détruits, juste après la Conquête. Sur le Codex Nuttal et le Codex Borgia, les statues des dieux siègent dans la chambre principale du temple et elles reçoivent des offrandes précieuses (Illus. 1). Ainsi, les temples sont la résidence des dieux. L’accès y est naturellement restreint et lors des cérémonies, la foule se réunit dans les immenses places tout autour des pyramides. À Mexico Tenochtitlan, les statues des dieux du Temple Mayor furent détruites. Toutefois, les Espagnols se contentèrent parfois d’enterrer les « affreuses idoles »  et c’est ainsi que les archéologues ont mis à jour des têtes géantes du Serpent de feu, le Xiuhcoatl, l’éternel compagnon de Huitzilopochtli, qui évoquent la grandeur disparue du dieu aztèque de la guerre.

Illustration Templo Mayor

Montagne sacrée au coeur du monde

Les structures pyramidales étaient assimilées à des montagnes sacrées et s’inscrivaient dans une mythologie, une cosmogonie, un symbolisme et une géographie sacrés. Ainsi, la pyramide plus grande de Mexico, ou encore la pyramide de Quetzalcoatl et la pyramide du Soleil à Teotihuacan symbolisent le cœur du monde. Rappelons que celui-ci avait la forme, dans le plan horizontal, d’une gigantesque fleur de quatre pétales. La pyramide à son tour représente le monde et les grottes en-dessous – comme la grotte en forme de fleur à quatre pétales sous la pyramide du Soleil et la grotte à quatre directions sous la pyramide de Quetzalcoatl – désigne le nombril du monde, le cœur du cœur de l’univers, qui est aussi son origine, là où tout commença, là où Ometeotl, le dieu dual, donna naissance au couple créateur qui engendra les quatre dieux créateurs qui à leur tour créèrent les éléments, le feu, le temps, etc. Centre cosmique sur le plan horizontal la pyramide l’est aussi sur le plan vertical comme axis mundi. Les niveaux de la pyramide reproduisent les cieux empilés les uns sur les autres. La pyramide reproduit en même une montagne cosmique, sacrée, mythique. À Mexico Tenochtitlan, la pyramide renvoie à Coatepec, le Mont mythique des serpents où Huitzilopochtli vainquit sa sœur, la déesse de la Lune et les 400 étoiles du Sud. D’autres pyramides renvoient au Tonacatepetl, une montagne pleine de nourriture. Sur une fresque à Teotihuacan, deux sources d’eau jaillissent du cœur de la montagne et renvoie peut-être à un mythe de fondation. On sait par exemple que les Aztèques aperçurent en plus du signal de l’aigle – incarnation de Huitzilopochtli – en train de se poser sur le figuier de barbarie, une source d’eau chaude, rouge et une source d’eau froide, bleue (ou verte), à l’endroit même où ils érigèrent le Templo Mayor. (Illus. 2).

Des rituels accompagnaient la fondation et la construction des pyramides. Au Templo Mayor, des centaines d’offrandes ont ainsi été retrouvées, mettant en lumière des milliers d’objets comme la recréation en miniature du monde. Rien qu’avec la faune, la pyramide du Templo Mayor s’apparente à l’arche de Noé. À Teotihuacan, les offrandes déposées dans les bassins souterrains au-dessous de la pyramide de Quetzalcoatl appartiennent à l’une des plus grandes offrandes jamais réunies en Mésoamérique.

 

Un observatoire du ciel

Les pyramides sont aussi des observatoires du ciel, à la fois observatoire astronomique et compte du temps, les deux phénomènes étant inextricablement liés dans le monde précolombien. Aussi, la construction des pyramides répond à des exigences scientifiques strictes autant qu’à une hiérophanie solaire. L’observation du coucher et de lever du soleil (et d’autres astres) sur la ligne d’horizon explique l’orientation de Teotihuacan et de nombreux autres sites avec une déviation de 15°48´ à l’est du nord astronomique (Illus 3). Si les passages au zénith, les équinoxes, les solstices, les éclipses faisaient l’objet de minutieuses observations, le décompte du temps s’inscrit dans une mécanique originale. Au calendrier solaire divisé en 18 mois de 20 jours, plus 5 jours additionnels se superposait une roue de 260 jours, 20 séries de 13 jours. Les deux roues calendaires se combinaient et une période de 52 ans était nécessaire pour réaliser l’ensemble des combinaisons possibles. Chaque fin et début de cycle de 52 ans étaient célébrés. La fête pris le nouveau de Feu Nouveau chez les Aztèques. Le cycle synodique de 584 jours de Venus était également minutieusement observé, comme nous le verrons prochainement.

 

Publication dans la Rêvista 2018
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