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Quetzalcoatl


Le serpent aux plumes de quetzal

Quetzalcoatl/Tollan

Quetzalcoatl est une figure culturelle au cœur de l’identité mexicaine.

Mais, le serpent à plumes est-il un homme qui devint un dieu ou un dieu dont les pouvoirs furent incarnés dans un/des homme(s) ? Il existe à son sujet des versions et des interprétations multiples. La plupart des récits et des mythes connus à son sujet ont été compilés plusieurs décennies après la Conquête par les descendants des Indiens lettrés sous la direction des moines franciscains et dominicains, qui cherchaient coûte que coUte à « extirper l’idolâtrie ». Une grande partie des textes furent rédigés dans les langues indiennes, notamment le náhuatl.

Quetzalcoatl y apparaît tantôt comme un dieu créateur, tantôt comme un héros culturel. Son histoire est rattachée à un lieu en particulier : la mythique Tollan.

 

Dieu créateur

Quetzalcoatl apparaît dans de nombreux mythes de création. Lors de l’une des phases de création de l’univers, il apparaît comme l’un des principaux protagonistes de la séparation du ciel et de la terre à partir du corps de Cipactli, ce qui donna naissance au monde. Comme principe fécondateur du dieu suprême, le Seigneur de la Terre et du Ciel, Quetzalcoatl descend sur terre pour la féconder. Aussi, il se rend au plus profond du Mictlan, l’inframonde, pour répandre des goutes de sang de son pénis sur les ossements des ancêtres (d’humanités antérieures), conception symbolique qui donna naissance à l’humanité, celle des hommes qui se nourrissent de maïs.

Ainsi, Quetzalcoatl est un dieu créateur aux multiples attributs, patron de l’humanité, du calendrier, du temps, pourvoyeur du maïs, du pulque, entre autres.

Comme force animique élémentaire, il est vent, ehecatl, qui balaie les chemins qui ouvrent la voie à la pluie, et souffle de vie.  Il est associé à Tollan comme un lieu mythique d’origine, un centre cosmique qui irradie de lumière. Ce berceau originel a la forme d’une fleur de quatre pétales surmontés d’arbres cosmiques, « piliers » du monde qui soutiennent la voûte céleste.

 

Ce Acatl Topiltzin Quetzalcoatl : le héros culturel

Ce Acatl Topiltzin Quetzalcoatl est présenté comme un personnage historique, un roi prêtre qui aurait gouverné à Tollan au IXe siècle. Attaché à la pureté du culte, il supprima le sacrifice humain. Il apporta la civilisation, les arts, l’écriture.

Son royaume prospéra.

Mais un jour il pêcha alors il prit la fuite et entreprit un voyage épique vers l’Est, le lieu du Noir et du Rouge, le Tlillan Tlapallan.

Quetzalcoatl porte le nom de sa date de naissance, Ce Acatl, Un Roseau en nahuatl. Il passe son enfance à honorer la mémoire de ses parents (qui moururent peu après sa naissance), à l’entrainement guerrier et surtout il s’adonne à la pénitence : jeûne, autosacrifice, méditation. Puis, il est intronisé « roi » à Tollan et reçoit le nom de Topiltzin Quetzalcoatl, « Notre Seigneur Quetzalcoatl ». Ce Acatl Topiltzin fait construire de somptueux palais. Les richesses abondent : or, chalchihuitl (pierres précieuses vertes), turquoise, jade, coquillage, cacao, maïs, coton, plumes d’oiseaux tropicaux.

 

Mais un jour… Tezcatlipoca et ses magiciens arrivent à Tollan. Ils ensorcellent Ce Acatl qui brise ses vœux de pénitence en s’enivrant au pulque et brise l’abstinence sexuelle avec sa sœur.

Rongé par la culpabilité, Ce Acatl abandonne son royaume et se rend au Tlillan Tlapallan, au Golfe du Mexique, à l’Est où il s’immole dans le feu avant de renaitre en Étoile de l’Aurore, Venus sous sa forme de Tlahuizcalpantecuhtli.

 

La loi de Topiltzin

L’abandon de Tollan de Topiltzin Quetzalcoatl et son voyage au Tlillan Tlapallan, le lieu du Noir et du Rouge à l’Est (le Golfe du Mexique) semble aussi relater la loi de Topiltzin ou le voyage des tlatoanis – souverains – toltèques dans l’inframonde avant de rejoindre le soleil du matin sous la forme de Vénus, Étoile de l’Aurore.

« Ca ye nihuehue », « je suis vieux », dit Topiltzin Quetzalcoatl à la fin de son règne. Dans la tradition toltèque, la vieillesse des tlatoanis est assimilée au soleil couchant qui a perdu sa chaleur, sa vitalité et qui s’apprête à être avalé par Tlaltecutli, la Terre. Ainsi, Topiltzin Quetzalcoatl est parvenu, pour ainsi dire à l’âge symbolique de la retraite et il prend conscience de son vieil âge lors d’un événement singulier. Des émissaires de la Nuit lui rendent visite et lui tendent un miroir d’obsidienne. Topiltzin y découvre le reflet monstrueux de sa décrépitude. Il décide de partir pour le Tlillan Tlapallan.

Son voyage n’est pas sans obstacles : il doit traverser des rivières sauvages où il jette son collier de pierres précieuses comme pour se défaire des biens matériels terrestres. Il franchit des cols de montagnes enneigées, non sans pertes, ses accompagnateurs périssent. Il traverse des régions aux vents coupants et glacials, où les arbres de cacao se transforment en cactus. Il se recueille sous des arbres sacrés. Il participe à un jeu de pelote.

Le voyage pour se rendre au Tlillan Tlapallan représente le voyage dans l’inframonde, une odyssée autant périlleuse que mystérieuse. En effet, après la mort, les défunts doivent accomplir un nouveau voyage dans le ventre de la terre, univers tellurique, froid, féminin, nocturne, au plus profond du nadir, en direction l’Est qui est aussi la promesse de l’aube. Le périple symbolise la course du soleil nocturne, d’ouest en est. Le cycle de la vie ne prend fin qu’au terme du voyage du soleil diurne et du soleil nocturne.

Parvenu au Tlillan Tlapallan, au Golfe du Mexique, Ce Acatl Quetzalcoatl s’immola dans le feu, bûcher funéraire symbolique et renait comme étoile du matin. Dans une autre version, il tisse un tapis volant entrelacé de serpents et il disparaît à l’horizon, à l’est, où la mer et le ciel se rejoignent. Il devient Tlahuizcalpantecuhtli, Seigneur de l’Aurore, et il promet un nouveau lever de soleil, un nouveau règne, une ère nouvelle.

Ainsi, le récit connut comme la fuite de Quetzalcoatl relate le voyage funéraire des tlatoanis toltèques qui, parvenus au Tlillan Tlapallan – au bûcher funéraire – sont promis à transcender sous la forme de Vénus, Étoile du Matin, ainsi que le protocole rituel funéraire des grands seigneurs toltèques par incinération et qui donnait lieu à des liturgies théâtrales.

 

Pour en savoir plus : Alfred López Austin et Patrick Johanson.

 

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