Mexico Tenochtitlan

La Pierre du Soleil n’est pas qu’une pièce dans un musée


Une pièce dans un musée

Pour elle, il est très important que l’on sache qu’elle n’a pas toujours été une pièce dans un musée. Certes, ce rôle n’est pas pour lui déplaire. Admirée par des millions de spectateurs (2 millions par an), la Pierre du Soleil est la reine de la salle aztèque-mexica (x se prononce « ch ») du Musée d’Anthropologie. Elle est mondialement célèbre depuis qu’elle a été retrouvée le 17 décembre 1790. Et pour cause, l’énorme monolithe de lave basaltique pèse 24 tonnes et mesure 3,6 mètres de diamètre. Difficile de passer inaperçu !

Porfirio Diaz posa fièrement devant elle lorsqu’il la fit installer dans le Musée National rue Moneda dans la salle consacrée aux monolithes et inaugurée en 1887. La Pierre du Soleil représente, avec l’aigle qui se pose sur le nopal, l’autre grand symbole national mexicain, le côté face de la monnaie de dix pesos.

Alors que les touristes prennent la pause, c’est avec un brin de nostalgie que la Pierre du Soleil se rappelle de sa vie avant d’être une pièce dans un musée.

1520-1521 : Apocalypse Mexico

Elle n’oubliera jamais ces années terribles, apocalyptiques, lorsque Mexico Tenochtitlán fut conquise par les Espagnols. Elle assista impuissante à la destruction du Grand Temple et du Centre cérémoniel, le cœur du monde. Les statues des anciennes divinités furent détruites. Les pierres furent réutilisées pour ériger les nouveaux temples chrétiens et les palais des conquérants. Les livres qui compilaient les savoirs millénaires furent brulés.

Les croix et les images chrétiennes remplacèrent les anciennes divinités et bientôt des églises furent construites sur les décombres des pyramides. Les cultes du Mexique précolombien furent interdits et peu à peu les antiques croyances se firent de plus en plus rares.

La Pierre du Soleil se demandait souvent par quel miracle elle avait pu échapper à la folle destruction de ce que l’envahisseur nommait « idolâtrie » et « œuvre du démon ». Pourquoi les conquérants ne l’avaient-ils pas détruite ? Et les religieux ensuite ? Malheureusement, les souvenirs sur ces années troubles demeuraient flous et incertains. La violence de la Conquête avait provoqué en elle une sorte d’amnésie.

1550 : la Pierre du Soleil et le Canal

En ce milieu de XVIe siècle, la Pierre du Soleil et le Canal se plaisaient à discuter la nuit sous les étoiles lorsque tout le monde dormait. Le Canal apportait des nouvelles de la Vallée de Mexico.

Souvent, elles étaient mauvaises. Les maladies décimaient les populations indiennes depuis l’arrivée des Espagnols. Les plantes médicinales n’y pouvaient rien. Les Indiens mouraient par millions.

L’enterrement de la Pierre du Soleil

Un jour, la Pierre du Soleil annonça la nouvelle au Canal : « les autorités ont donné l’ordre de me faire enterrer. Elles trouvent intolérable que je sois à la vue de tous. Elles disent que j’exerce une mauvaise influence sur la population. Canal, je vais être enterrée avant toi ! ».

Le jour d’avant l’enterrement, la Pierre du Soleil regarda le soleil pour la dernière fois tandis que le Canal dispersa ses larmes dans le lac et promit de se venger. Elle commençait un long voyage dans l’inframonde.

250 ans plus tard…

Découverte en position horizontale – probablement sa position originelle –, la Pierre du Soleil allait commencer une nouvelle vie de monument historique, en position verticale cette fois-ci. C’est grâce au savant mexicain don Antonio de León y Gama (1735-1802) que le monolithe acquis ce nouveau statut. L’archéologie moderne naissait en même temps.

Quelques mois plus tard, la Pierre du Soleil fut encastrée dans la tour occidentale de la cathédrale où elle demeura jusqu’à ce que Porfirio Diaz la fasse exposer dans la salle des monolithes du Musée National (1885). La Pierre du Soleil fut transférée à l’actuel Musée d’Anthropologie sur l’avenue Reforma le 24 juin 1964, où elle demeure depuis.

  • Quelques sources  : Le Journal de José Gomez, garde  au Palais Royal et les écrits  contemporains du savant don Antonio León y Gama et les archives historiques de la Ville de Mexico.
  • Auteurs : López Lújan et Matos Moctezuma

Article publié la Rêvista de Mexico Accueil, septembre 2017

Mexico Tenochtitlan
Tlaltecuhtli
Mexico Tenochtitlan
8 nov 1519
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