Mexique colonial

Les chevaux et les cavaliers de la Conquête du Mexique


 

Portrait équestre d’Hernan Cortés de Diego Muñoz Camargo, fin du XVIe siècle. Seul portrait équestre connu du conquérant de Mexico Tenochtitlan. Malintzin apparait telle la Vierge de Guadalupe en train de prier. Hernan Cortés monte « a la jineta ». Juan Suarez de Peralta, de la première génération des créoles mexicains loua l’art équestre des conquérants cavaliers.

Les chevaux et les cavaliers de la Conquête

 

L’image des Indiens des plaines galopant à cru –a pelo en espagnol– dans une symbiose parfaite avec leurs chevaux – et l’imaginaire qui en découle –  peut nous faire oublier que les équidés n’arrivèrent sur le continent américain qu’au début du XVIe siècle, avec l’expédition de Hernán Cortés. En effet, le cheval avait disparu de ce continent à l’Holocène, lorsque qu’il migra en Asie en passant par le détroit de Béring alors que l’homme asiatique transitait en sens inverse… 

Christophe Colomb amena des chevaux dès son second voyage en 1494. Rapidement les équidés élevés en élevage extensif, semi sauvages, s’acclimatèrent au climat antillais et se reproduisirent. Aussi, les chevaux de l’expédition de Cortés de 1519 étaient des chevaux nés à Santo Domingo, Cuba ou la Jamaïque. Les chevaux et les juments servaient « pour les choses de la guerre » : puissants, vifs, rapides.

C’est Bernal del Castillo, un « soldat à pied », qui donna, dans l’Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle-Espagne, la liste des seize premières montures à avoir foulé le sol américain, d’abord brièvement à Centla (dans l’actuel état du Tabasco), puis définitivement à Veracruz en avril 1519. Et c’est naturellement à cheval que Cortés fit son entrée à Mexico le 8 novembre 1519, même s’il descendit de sa monture au moment de la rencontre avec Moctezuma Xocoyotzin, le souverain de Mexico.

Les conquérants-cavaliers, les jinetes, étaient les héritiers de deux grandes traditions équestres ancestrales, la brida et la jineta, qui s’étaient affrontées autant qu’elles avaient cohabités (parfois les deux à la fois), du VIIIe siècle jusqu’à la prise du royaume de Grenade par Isabelle la Catholique et Ferdinand d’Aragon en 1492…

 

La monte a la brida

À la brida, chevalier de l’Occident médiéval, Alfonso X de Castille, roi important pour
l’unification de l’Espagne au XIIIe siècle. La selle brida présente un pommeau et un troussequin
peu élevés mais enveloppant.

La brida faisait référence à un type de combat des cavaleries lourdes, dans lequel les cavaliers chargeaient l’ennemi par un choc frontal, la lance portée sous le bras. Le harnachement des chevaux au coût exorbitant faisait l’objet des plus grandes ostentations révélant le prestige du chevalier. Le poids de l’armement justifiait à lui seul l’usage d’une équitation dans laquelle le cavalier était vissé au fond de sa selle, les jambes complètement étirées sur des étriers très en avant. Peu au contact du flanc du cheval, le cavalier est condamné à monter majoritairement « à la main », « à la bride », avec un harnachement de tête particulièrement sévère pour la bouche du cheval. Les chevaliers du bas Moyen Âge de l’Europe occidentale adoptèrent et perfectionnèrent la monte à la brida parallèlement au développement d’un christianisme guerrier : lors des croisades (1095-1291), mais aussi lors des guerres incessantes entre les royaumes et enfin, particularisme ibérique, lors de la Reconquête de la Péninsule Ibérique du XIe au XVe siècle.

Les ordres religieux militaires, tels que l’ordre de Santiago et l’ordre d’Alcantara, – la famille Cortés était affiliée à ce dernier,- étaient de puissants viviers de guerriers cavaliers qui s’enracinaient dans un imaginaire chrétien chevaleresque, où les héros étaient Santiago, le saint qui se bat aux côtés des Chrétiens contre les Maures et Amadis de Gaulle, le héros du roman de chevalerie, dont les conquérants se plaisaient à remémorer les faits épiques le soir autour du feu.

La monte a la jineta

À la jineta, archer mongole au XIIe siècle.

 

Principalement originaires d’Estrémadure et d’Andalousie, terres d’échanges séculaires judéo-musulman-chrétiennes, les conquérants avait aussi hérité de la culture équestre arabe. El jinete n’est pas seulement le cavalier mais aussi celui qui monte à la jineta, à la genette, en référence aux mythiques cavaliers berbères de la confédération des Zenâta, célèbre pour l’élevage des chevaux et sa maitrise d’une équitation d’une extraordinaire agilité et mobilité. Les cavaleries légères avaient été inventées par les Scythes au Ier millénaire av. J.C. et perfectionnées à partir du Xe siècle par les nomades des steppes, mongoles, turco-mongoles, iraniens et bédouine-arabes. Les cavaliers nomades, dont l’arme reine était l’arc, avaient développé des tactiques de manœuvres à cheval très rapides, fondées sur le harcèlement, l’effet surprise et la rapidité de l’action, dont il découlait une équitation légère, en suspension, les jambes repliées sur le flanc du cheval. 

 

Pendant la Conquête du Mexique, interprétée par les conquérants comme la continuité de la Reconquête, où Santiago apparut également, les chevaux conféraient un prestige immense dans le microcosme des conquérants, voir le portrait équestre d’Hernan Cortés, mais il ne représenta pas vraiment un avantage militaire.

 

Codex de Florence, Sahagún, livre XII, scènes représentant la Conquête de Mexico, seconde moitié du XVIe siècle.

Codex de Florence, Sahagún, livre XII, scènes représentant la Conquête de Mexico, ici pendant la Noche Triste, seconde moitié du XVIe siècle.

Lienzo de Tlaxcala, milieu du XVIe siècle, Noche Triste, 1520 et siège de Mexico en 1521.

 

 

 

 

Dans une cité lacustre cernée de canaux et d’eau, où les chaussées étaient entrecoupées de ponts levants, les chevaux étaient extrêmement vulnérables. Lors de la Noche Triste, le 30 juin 1520, les Espagnols et leurs alliés furent brutalement chassés et la plupart des chevaux furent massacrés. L’année suivante, la victoire des Espagnols devait beaucoup plus à la stratégie navale, aux alliés de Tlaxcala, aux épidémies, qu’aux chevaux, même s’ils furent glorifiés par les descendants des conquérants.  

À suivre…

Relecture : Viviane Pélisson

Co-publication dans la Rêvista, février 2018

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